Avant de commencer à me raconter, j’aimerais vous présenter mes parents.
Mon père est né à Casablanca, c’est une ville chaude du Maroc, c’est un pied noir. Ma mère est une bourguignonne. Ils travaillent tous les deux, papa est chef d’équipe dans une usine, maman est fonctionnaire.
Mon frère Rémi est né juste après leur mariage, mais à la fin des années soixante il n’était pas bien vu d’être fille mère ; ils ont officialisé leur union en juin 66 et mon frère est né en décembre.
Je suis née quelques années plus tard.
Un de mes premiers souvenirs remonte quand j ‘avais deux ans. J ‘habitaient un quartier calme, au premier étage d’une H L M.
Ma nourrice était logée au-dessus de nous, elle s’appelait Madame MET
Je me souviens bien du quartier, il me suffisait de traverser la rue, pour atteindre les magasins, il y avait le Tabac, la Boulangerie, la Pharmacie ; je garde un souvenir émouvant de l’épicière, à chacune de mes visites elle me donnait des Carambars. Dans le quartier on se connaissait tous, l’ambiance était très amicale.
Le matin après avoir pris mon petit déjeuner en compagnie de mon frère et maman, nos allions chez tata. J’en ai encore l’eau à la bouche en pensant à ses bananes écrasées du goûter et aux petits Jésus qu’elle nous donnait le soir avant de partir.
Tata gardait aussi un petit garçon, il s’appelait Ludovic, on se ressemblait beaucoup parce que l’on m’habillait déjà comme un petit mec.
Nous étions tous les deux frisés et poupons, à la seule différence il était plus bronzé que moi.
Un soir, il était malade, à mon âge je ne pouvais pas comprendre la gravité de sa maladie, mais je me souviens qu’il vomissait énormément. (Il faisait de convulsions en vrai) Avec mes yeux d’enfant, je ne comprenais pas.
Puis des hommes tout habillés de bleu avec de grandes bottes noires sont venues le chercher, ils l’ont enveloppé dans une couverture, ils l’ont emmené.
Je les revois encore les pompiers descendrent les escaliers en le tenant dans leurs bras, je regardais leurs ombres dansaient sur les murs. La lumière s’éteignit, je ne vis plus rien.
Je suis restée longtemps sur le pas de la porte à pleurer. Tata essayait de me consoler, mais en vain, on m’avait pris mon ami.
Je ne l’ai jamais revu.
Comme mes parents travaillaient pendant les vacances, nous partions mon frère et moi dans la maison de campagne de tata à Turie.
Je n’avais que deux ans, mais mes souvenirs sont très nets.
Je faisais du tricycle dans la cour, refusant de jouer avec mon frère. Il y avait une grande bâtisse, qui m’intriguait beaucoup mais je n’avais pas le droit de m’en approcher.
Je restais de longues minutes devant cette grange en bois avec ses grandes portes en bois qui coulissaient sur les côtés... Je savais qu’à l’intérieur il y avait mon tonton qui travaillait mais il ne voulait pas qu’on le dérange.
Un jour ma curiosité fut plus forte que les interdictions, et je suis allée vers la grange, comme les portes étaient grandes ouvertes, j’ai regardé à l’intérieur.
Il y avait de grandes tables en bois, avec tout un tas d’objets hétéroclites. Dessus, je ne savais pas à quoi ils servaient mais j’étais fascinée.
Je fis quelques pas à l’intérieur, une forte odeur de bois me prit les narines, une odeur agréable et fraîche. En regardant le plafond il y avait une lucarne salie par la sciure, où essayaient de s’infiltrer quelques rayons de soleil. Je voyais une multitude de paillette dans les rayons.
Je suis restée de longues minutes devant ce spectacle, c’était superbe !
Parfois il m’arrive encore de penser à cette grange, c’est toujours avec émotion et nostalgie.
Les souvenirs s’entrechoquent dans ma mémoire, il y en a un qui me revient avec énormément de précision.
Un soir, alors que j’étais déjà couchée dans mon lit en rotin, un énorme orage éclata.
Il n’y avait pas longtemps que j’étais couchée. L’orage me faisait très peur et je restais sous mes draps sans bouger.
A cette époque je partageais ma chambre avec mon frère et quand je tournais ma tête de son côté pour chercher du réconfort, je m’aperçue qu’il n’était plus dans son lit.
Je me suis mise à crier, à pleurer, j’avais peur, je ne voulais pas rester seule.
Le ciel tout noir était transpercé par de violents éclairs, je savais que la seule solution était d’aller rejoindre mes parents dans leur chambre.
Mais pour la petite fille que j’étais, le chemin me paraissait irréalisable.
Il me fallait escalader mon lit, traverser la salle à manger, franchir un long couloir et enfin ouvrir la porte de mes parents, un vrai parcours du combattant. Je fus longue à prendre ma décision, mais je ne pouvais plus rester seule, alors je pris mon courage à deux mains.
Sortir de mon lit me fut facile parce que j’avais l’habitude de le faire touts les matins, traverser la salle à manger fut périlleux, mon cœur battait à 100 à l’heure. Un éclair plus gros que les autres éclata et j’en fus éblouie, je tombais par terre hurlant de peur, j’avais froid, je me sentais abandonner.
Quand soudain, j’entends la voix chaleureuse et forte de mon père qui me dit de me dépêcher de venir les rejoindre. D’un coup j’oubliais ma peur et les éclairs, je courrais dans le lit de mes parents. C’était la première fois que je dormais avec eux toute une nuit et j’en garde un souvenir chaud et tendre à mon cœur.
Le matin en week-end, j’allais directement dans le lit de mes parents pour faire un câlin ou jouer à la bagarre avec mon père et mon frère.
Je ne voyais pas souvent mon papa parce qu’il faisait les 3/8 à l’usine sauf parfois quelque dimanche matin.
Mon père m’emmenait avec lui faire son tercé et c’était jour de fête. Nous allions dans des bars tous enfumés avec plein d’hommes de toutes nationalités qui parlaient et riaient fort.
Moi devant mon diabolo grenadine, je ne quittais pas mon père des yeux, il était beau et je l’admirais, prés de lui je me sentais en sécurité.
Parfois on rentrait tard alors pour se faire pardonner papa achetait des fleures ou des gâteaux à maman. Une fois de retour à la maison, nous mangions devant la télévision noir et blanc avec notre soda. Il fallait faire attention à se tenir droit et à ne pas couper la parole.
Les règles que mon père nous faisait respecter. Pour nous faire comprendre que quelque chose ne lui plaisait pas, il grattait la paume de sa main en disant-« ça me gratte ! ».
Ce qui signifiait, cela m’énerve. C’était l’avertissement, et si on n’arrêtait pas, on allait recevoir une trempe. Ou il comptait à voix haute jusqu’à cinq, c’était bon. Son regard méchant nous guidait et nous permettait de savoir si nous dépassions les bornes. Mais des fois il s’amusait à changer de regard, alors c’était la panique, nous ne savions plus si ce que nous faisions était mal ou bien.
Mon frère rigolait nerveusement souvent à table et mon père ne supportait pas.
Les disputes étaient déjà présentes entre mon père et ma mère, dans ces cas là mon frère Rémi et moi nous allions dans notre chambre. Je mettais ma tête sous l’oreiller et fermais les yeux le plus fort possible pour ne plus rien entendre et pouvoir dormir. Leurs disputes me rendaient malheureuses mais je ne pouvais rien faire.
Nous n’avions pas de chien, ni de chat. Mais un simple cochon d’Inde blanc tacheté de marron, une femelle que l’on appelait –« Coco ! »
Dés que quelqu’un rentrait ou sortait de la maison, elle se mettait à couiner dans sa cage grillagée orange. Pas besoin de chien on savait s’il avait quelqu’un. Elle était pratique, surtout pour ronger nos ongles. Par contre son odeur était assez particulière, mais je l’aimais bien.
Aujourd’hui c’est un grand jour dans ma vie, pour le première fois je vais à l’école. Elle se trouvait à 500 m de la maison. Comme mon frère y allait déjà je voulais voir à quoi cela ressemblait ! Dans ma tête je me disais si cela ne me plaisait pas, je pourrais renter à la maison avec maman. Elle m’y a déposée et je suis restée seule dans un grand couloir avec d’autres enfants. Comme je ne savais pas ce que je devais faire je me suis mise à pleurer ! Les autres enfants se dirigeaient dans une salle de classe et je les ai suivis séchant mes larmes.
Je laissais mon manteau sur un long porte manteau qui faisait pratiquement tout le mur, je ne savais pas pourquoi mais je devais faire comme eux. Dans cette école il y avait une odeur particulière, une odeur de renfermé.
Les murs étaient vert pâle, le carrelage blanc, des vitres opaques, on ne voyait pas à travers. Ce que je détestais le plus, c’était les toilettes, il n’y avait que deux cloisons, et tout le monde pouvait me voir, je détestais cet endroit.
J’ai mis beaucoup de temps à m’habituer à cette école, mais la maîtresse était gentille, elle s’appelait Genèvre.
Avec le travail de maman qui est fonctionnaire, on avait des avantages pour partir en vacances, grâce au comité d’entreprise. Il y avait des fêtes pour Noël, des week-end, beaucoup de surprises sympathiques.
Les premiers camps où nous sommes allés se trouvaient à Sainte-Palaye sur Mer à côté d’Arcachon. Nous avions une grande tente bleue, chacun sa chambre mon frère et moi, et celle de mes parents. C’était très agréable de découvrir la vie de camping, le seul inconvénient était d’aller chercher de la glace pour mettre nos repas au frais. Pour cela il fallait aller en ville.
Une fois les gros bâtons de glace dans le coffre, il fallait faire vite.
Un jour, mon père demanda à ma mère de conduire la voiture, qui était une G-S Citroën grise. Maman ne voulait pas n’étant pas très sûre. Mais dans cette histoire le plus fort gagne ! Bref ! Elle a pris le volant, vraiment pas rassurée, et nous derrière en train de se demander ce qui allait encore se passer.
Il fallait si attendre ! Boum ! Maman percuta une pancarte !
Elle se fit engueuler, devant tout le monde par papa. Puis une fois qu’il fut installé de nouveau tous les deux dans la voiture, mon père en profita discrètement pour la frapper sur la cuisse. Moi, j’étais au milieu des deux sièges arrière et j’avais tout vu, maman ne dit rien.
A part cet incident ces vacances se passèrent normalement et mon frère et moi étions heureux.
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