Souvenir d'enfance....
Vers l’âge de trois ans, mes parents ont décidé d’acheter un appartement à la ZAC. Une cité qui commençait à se construire. Nous avions un grand appartement avec chacun sa chambre, cela nous changeait et au combien nous apprécions ce nouveau logement. Il se trouvait au 1er étage pas trop haut, juste au-dessus de nous il y avait la famille Morelle. Une famille de cinq enfants, mais les plus grands Bruno et Nadège avait quitté le foyer. Il restait Cathy, Maude et Jérôme.
Cette famille m’est chère au cœur, car Mme Morelle était ma nourrice (tata), elle m’a pratiquement élevée. J’ai passé toute mon enfance avec eux. Et que de souvenirs agréables ! ! !
J’étais souvent avec Maude et Jérôme. Tata Morelle me gardait le mercredi et à quelques vacances où certaines fois ils m’emmenaient dans leur maison de campagne.
Tonton était gardien de la paix et tata restait toujours à la maison. Quand je dis toujours c’est toujours ! Elle sortait très rarement. Mais quand elle sortait pour aller en ville, elle se mettait sur son 31, une grande femme au long cheveu blond, d’une classe incontestable ! J’aimais la voir belle comme cela. Elle m’impressionnait par sa modestie.
Le mercredi matin, je montais chez elle ! Elle m’ouvrait la porte de l’appartement, m’attendant en robe de chambre satinée bleue pâle, les cheveux détachés, la lumière du couloir éteinte parce que ses enfants dormaient encore. Et comme tous les matins elle me disait-« Alors, Laline ça va ? »
Puis nous allions dans la cuisine sans faire de bruit. J’attendais sur le banc de bois, que ses enfants se lèvent. Des fois, je m’endormais car je n’avais pas fini ma nuit, d’autres fois je la regardais préparer le petit déjeuner.
A cette heure-ci nous avions toutes les deux, des moments privilégiés. Cela nous arrivait d’avoir de grandes discutions où je lui demandais de me raconter des histoires. Je la respectais énormément et je l’écoutais en silence.
Elle me raconta, qu’elle est née dans le Morvan, qu’elle avait vécu à Paris en tant que femme à tout faire et quelques-unes m’ésaventures que tonton a eu pendant son service militaire…
Quand Jérôme et Maude étaient levés, la maison commençait à revivre, la lumière du jour rentait dans les chambres. Je savais que nous allions jouer ensemble après leur petit déjeuner et leur toilette. Nous inventions des jeux extraordinaires, imaginaires surtout quand mon frère était avec nous. Tous ces jeux se passaient dans la chambre de Jérôme. Cathy qui était plus âgée, ne supportait pas trop le bruit que nous faisions. Elle était très studieuse et je la voyais toujours étudier dans sa chambre qu’elle partageait avec Maude.
Maude est moi, nous avons eu quelques chamailleries tout au début. De jours en jours nous arrivions à jouer un peu plus ensemble, à la poupée.
J’aimais dormir chez eux, cela arrivait quand mes parents sortaient ou quand maman après le divorce voulait sortir le soir. Je me sentais bien chez eux !
Jérôme et moi étions les plus jeunes, mon frère et Maude nous commandaient souvent. Jérôme quand il était tout petit, nous lui parlions du loup-garou pour lui faire peur. Et moi, j’avais peur aussi mais je ne montrais pas. On l’appelait l’élome.
Le soir, tonton regardait la télévision et il ne fallait pas faire trop de bruit. Des fois cela lui arrivait de ronchonner, il avait l’air sévère, il se faisait respecter. J’allais voir tata entre notre partie de jeux, dans la cuisine pour savoir ce qu’elle nous faisait à manger. Souvent elle me faisait plaisir avec ce menu.
Entrée carotte râpée avec vinaigre de vin, poulet rôti avec de bonne frites et une mousse au chocolat, tout cela fait maison.
Elle était d’une gentillesse, avec quatre enfants dans ses jambes dont deux qui n’étaient pas à elle, quelle patience.
Il y a des fois, elle aurait pu nous envoyer balader car elle avait souvent la migraine. Les goûters étaient très bons : du pain, du beurre et du chocolat à croquer qu’elle me coupait en petits bouts pour que cela soit plus facile à manger. Et des crapiaux d’énormes crêpes épaisses ou nous pouvions mettre ce que nous voulions. J’adorais ces goûter en famille.
Souvent quand je redescendais chez moi, je demandais à maman pourquoi elle ne nous faisait pas tel plat ou tel gâteau. Elle me répondait qu’elle n’avait pas le temps parce qu’elle travaillait.
Je me rappelle la première fois ou je suis allée à Villaco, dans leur maison de campagne qui se trouvait dans le Morvan. C’était pour les vacances de la toussaint. Maude préparait ses affaires, je ne savais pas si j’allais avec eux. Je voulais les accompagner car je ne désirais pas rester seule pendant ces vacances. Maude demanda à ses parents, mais ils ne savaient pas si maman était d’accord. Alors je dévalais les escaliers pour descendre chez moi. Maman accepta et fit un mot à tata en la remerciant pour ce qu’elle faisait.
J’étais heureuse de pouvoir partir avec eux, moi je pouvais préparer mes affaires. J’étais toute excitée de savoir que le lendemain je partais dans la voiture de tonton.
Le lendemain matin, il faisait déjà très froid, il avait gelé. Les bagages étaient dans le coffre. Tonton, tata à l’avant. Cathy, Jérôme, Maude, le chat « boule de neige » et moi étions assez serrés à l’arrière de la voiture qui était verte pomme.
Tout le monde semblait heureux !
J’avais tellement entendu parler de cette maison de campagne et des Vadros qui avait une ferme à 2 km de celle-ci. Bref, je voulais découvrir ce petit coin de paradis, cette petite maison du bonheur que Maude avait.
Sur la route il y avait du verglas et du brouillard. Dans le Morvan, l’hiver il y fait très froid. A un moment un panneau qui indiqué « attention verglas », tata l’avait vu et dit
–« attention Jean il y a du verglas ! »
Au loin nous aperçûmes un car en travers et une voiture dans le fossé. Il continuait de rouler doucement quand nous arrivâmes prés des véhicules, il commença à freiner.
Soudain, la voiture se mit à tourner sur elle-même une ou deux fois et nous allâmes dans le fossé. Cela c’était passé très vite, j’ai pris Jérôme, Maude son chat et Cathy hurlait car elle était coincée. Nous étions tous plus ou moins sur elle. Nous sommes tout sorti de la voiture et la gendarmerie est arrivée. Personnes n’étaient blessées, nous étions un peu sous le choc et Cathy se plaignait d’un de ses bras.
Les gendarmes ont discuté avec tonton et il fallait trouver un dépanneur pour sortir la voiture du fossé. Nous sommes restés sur le bord de la route, il y avait du brouillard nous étions frigorifiés. Nous sommes montés dans une estafette pendant que tonton, tata, et Cathy réglaient leur problème de dépannage.
Les gendarmes nous ont emmenés dans un café ou nous avons eu droit à un grand chocolat chaud en attendant leur retour. Je m’en rappelle très bien car Maude et moi nous nous étions fait la même remarque. C’est bien, on est monté dans une estafette de gendarmerie, où l’on a entendu leur radio et on a eu un chocolat chaud gratuit.
Les gens du café prenaient tellement soins de nous, que Maude et moi nous rigolions de nos exploits. Chaque personne qui rentrait dans le troquet était mise au courant de notre accident. C’était plutôt marrant ! Sauf pour tonton et tata, mais la voiture pouvait rouler. Il avait rafistolé le coffre avec des tendeurs. Puis nous avons repris la route quelques heures plus tard, tonton roulait doucement et tout le monde dans la voiture était attentif et calme.
La maison de campagne se trouvait à quelques kilomètres de Moulin , un petit village.
Une fois arrivée, je fus surprise de voir cette petite maison de deux pièces qui était froide. Tonton se chargea des bagages avec nous et tata alluma de suite le poêle à bois. Maude me montra la maison de sa cousine qui était juste à côté de la leur, et les toilettes qui étaient à l’autre bout du jardin.
Des toilettes en bois avec une fosse en dessous. C’était la première fois que je voyais des toilettes en bois. A vrai dire je n’aimais pas vraiment mais quand il fallait y aller, je ne pouvais pas faire autrement.
Jérôme, Maude et moi nous allions chercher le lait chez les Vadros. Il y avait un bon bout de chemin à faire. Une fois arrivée vers la ferme, il y avait deux étables et un grand bâtiment. Dans la cour, des poules, des canards, et des oies. De cette dernière il fallait s’en méfier, elles nous attaquaient.
Maude m’avait dit que les Vadros étaient très gentils mais ils élevaient bizarrement leurs enfants.
Nous sommes rentrés dans la cuisine qui leur servait de salle à manger. Je fus surprise par une odeur très particulière.
Un grand poêle à bois réchauffait toute la pièce. L’odeur de lait, de bête, des jambons suspendus et des gousses d’ail au plafond. Ces gens étaient très costauds et leurs enfants n’étaient pas très propres. Ce qui me choqua le plus, c’est le plus petit qui devait avoir quatre ans, il buvait du vin rouge avec son père.
Notre laitière de deux litres fut remplie avec du lait chaud. C’était un plaisir d’aller chercher du lait chaud.
Nous fîmes la visite de la ferme avec les enfants nous finîmes par jouer dans une étable avec des moutons dans des mottes de paille. Un autre jour avec Maude, dans un hangar nous sommes allées voir des chatons qui se cachaient un peu partout. C’était génial, nous avons joué avec eux et Maude n’arrêtait pas de me faire rire. Elle leur tapotait le derrière en disant –« Cul ! Cul ! ». Ils accéléraient leur course et tombaient.
Nous faisions de la luge avec des sacs plastiques, devant la ferme. L’idéal un champ en pente, mais il fallait faire attention parce qu’il y avait une marre.
C’était super chouette tout était blanc, comparer à la ZAC, j’appréciais la nature et le grand air !
Le soir et midi, nous prenions nos repas tout ensemble, souvent nous aidions tata à préparer et nous essayons de faire des gâteaux.
Quand nous partions pour le village Moulin , nous passions devant un grand plan d’eau magnifique.
Maude avait une boutique préférée pour acheter des bonbons. C’était une vieille dame qui tenait un genre d’épicerie plutôt four tout et très poussiéreuse. Quand nous sommes rentées, la cloche de la porte se mire à tintait. Il y avait une odeur de renfermé, de vieux, de confinement. Je regardais partout il avait une espèce de grand buffet en bois avec des vitres. Une vitrine à l’ancienne, une vieille femme franchissait une arrière porte et nous demandait ce que nous désirions. Maude se dirigeait vers les bonbons qui étaient dans des bocaux. Puis cette vieille femme qui avait l’air de la connaître parlait doucement tout en nous emballant nos bonbons.
Par ces odeurs, ces vieux meubles, devant cette vieille dame, j’étais émue. J’imaginais le lourd passé de cette épicière. Beaucoup de souvenirs dans cette maison de campagne, ce fut des moments fabuleux de mon enfance ou je vivais dans une famille remplie d’amour et de simplicité.
Sandy